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Publié par Bernard Revel

Martine et Daniel Delort s'entretiennent avec Hubert Haddad lors des Vendanges littéraires 2015 à Rivesaltes.

Martine et Daniel Delort s'entretiennent avec Hubert Haddad lors des Vendanges littéraires 2015 à Rivesaltes.

Elle était attachée de presse chez un grand éditeur. Il était imprimeur et poète. Ils ne se voyaient pas vieillir dans ces peaux. Ils ont quitté Paris, acheté un presbytère délabré dans un petit village de l’Aude et créé l’Atelier du Gué. Ils n’ont pas fait fortune. Ils n’ont jamais pu se reposer sur leurs lauriers. Ils sont en permanence sur la corde raide. Mais, au bout de 40 ans et des poussières, malgré les épreuves, le découragement, la lassitude, ils sont toujours là. Martine et Daniel Delort sont des rescapés dans la galaxie jadis foisonnante de l’édition qu’on disait marginale. Ils ont résisté au temps qui est l’ennemi des revues, aux lois économiques qui les avaient condamnés, aux modes qu’ils n’ont jamais suivies. Aujourd’hui, dans le monde de la nouvelle littéraire et du texte court, l’Atelier du Gué est une référence. Les débuts furent à la fois difficiles et exaltants.

Les Delort sortent le numéro 1 de la revue « Le Gué » en janvier 1976, quarante pages petit format, une couverture verte de facture artisanale et des textes critiques fleurant bon l’amateurisme. Servir de relais, d’intermédiaire, de pages ouvertes, tels sont les objectifs modestes du « Gué ». En même temps que la revue au rythme trimestriel, paraissent des recueils dont le premier, « Les nouvelles de Lisette », marque les débuts de Betty Duhamel, plume prometteuse que la mort a, malheureusement, fauchée trop tôt. De jeunes auteurs aussi différents que Philippe Cousin, Jacques Goulet, Pierre Bosc, Dominique Sierra, Jean-Pierre Andrevon entrent dans un catalogue où figurent également quelques noms prestigieux du passé : Jules Verne, Charles Cros, le Chinois Lou Sin.

Six ans plus tard, le Gué s’arrête pour céder la place à Brèves dont le numéro 1 paraît en juin 1981 : une élégante et sobre maquette réalisée par Jacques Gaïotti, cent pages, des illustrations et une ambition plus affirmée : « Le temps s’accélère. Parce qu’elle sait vivre à son rythme, la nouvelle sera le genre du siècle… C’est souvent par elle que se décide et s’invente la création littéraire. Brèves en sera un instrument. » La revue mêle l’actualité aux portraits et interviews d’écrivains (Alberto Manguel, Beatrix Beck, Jean-Claude Pirotte, Hubert Haddad, etc.) tout en restant « anthologie permanente de la nouvelle ». En même temps, l’Atelier du Gué publie des livres remarqués, à l’exemple du « Voyage sédentaire » du Mexicain Gonzalo Celorio, prix des Deux Océans 1997, des « Compagnons du verre à soif » de François Vignes, prix Georges Brassens 1998, et des excellents récits poétiques qui ont révélé Jabbar Yassin Hussin, auteur irakien ayant fui le régime de Saddam Hussein.

Paru en mai 2017, le numéro 110 de Brèves offre une anthologie en 174 pages de la nouvelle en Colombie aujourd’hui. La volonté d’aller voir ailleurs a toujours animé les Delort. Consacrée dès son numéro 2 à la nouvelle hongroise, la revue est devenue, au fil du temps, la fenêtre française ouverte sur tout ce qui, de la Norvège au Mexique, de l’Espagne à l’Autriche et tant d’autres pays, est représentatif d’une littérature en train de s’inventer.

Le numéro 111 qui vient de paraître donne la plume pour l’essentiel à des auteurs français. Un numéro qui revient de loin, tant les obstacles économiques sont presque insurmontables, mais il est là, riche de lectures étonnantes, grâce à la fidélité d’un noyau d’irréductibles abonnés. Il contient aussi un hommage à la grande nouvelliste Annie Saumont, décédée en janvier 2017, et un passionnant entretien avec Valérie Schlée qui raconte ses joies, ses difficultés de lectrice publique dans l’Aude et cite ces mots de Machado dans « Juan de Mairena » : « Il ne prétendait jamais, en lisant des vers ou de la prose, que l’on dise de lui : comme cet homme lit bien ! Mais au contraire : comme c’est bien ce que lit cet homme ! »

L’aventure de Brèves continue ! Avec Martine et Daniel Delort, ses fondateurs, une équipe de passionnés travaillant sur les numéros 112 et 113 qui paraîtront en 2018 et ses lecteurs, ceux de la première heure et ceux qui la découvrent, qui l’aiment, en parlent et la font vivre.

Bernard Revel

 

Brèves est en vente dans les bonnes librairies et par abonnement.

Brèves/Pour la nouvelle, 1 rue du Village, 11300 Villelongue d’Aude. Site internet : www.atelierdugue.com

L’Atelier du Gué vient d’éditer deux livres :

« Le retour de Babeuf » (116 pages, 10€) de Michel Ots dont un précédent livre « Plaire aux vaches » avait connu un joli succès.

« Douze et une nuits » (130 pages, 15€), recueil de nouvelles mises en pages et illustrées par les étudiants de l’école Estienne.

 

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