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Publié par Christian Di Scipio

Plein le dos de Géronimo

"Géronimo a mal au dos" de Guy Goffette, poète et romancier né le 18 avril 1947 à Jamoigne en Belgique. Il est l'auteur de nombreux recueils de poésie ("Eloge d'une cuisine de province", "Le pêcheur d'eau", "L'adieu aux lisières"), de romans ("Un été autour du cou", "Presqu'elles") et de récits ("Verlaine d'ardoise et de pluie", "Elle, par bonheur, et toujours nue"). Il a obtenu le Grand Prix de l’Académie Française en 2001 ainsi que le Goncourt de la Poésie en 2010.

(Editions Gallimard, 170 pages, 16,90 €)

Redonner vie à une mère indigne ou à un père détestable, voire dépravé, n’est pas un genre mineur ces derniers temps dans la production littéraire française. Mais hélas combien de pâles copies de Christine Angot, déjà elle-même loin du compte sur le plan littéraire, pour un brillantissime Lionel Duroy dans ce périlleux exercice.

Tout de même, que de pages dédiées à de sales types qui ont terrorisé sans vergogne leur entourage, leurs enfants et leur conjoint des années durant ! Des tyrans domestiques radins, égoïstes, ignares, odieux, prompts à faire la gueule à leur petit monde toujours sur le qui-vive.

Quant à rire ou même à sourire, oh ! ça jamais ! Ce manquement à ce qui fait pourtant le propre de l’homme, Guy Goffette, en fait une description saisissante à travers le livre qu’il consacre à son père défunt. Un homme dont la seule note de fantaisie aura été le surnom dont il fut affublé et le bout rimé qui va avec : « Géronimo a mal au dos ».

Certes l’écriture élégante et subtile de Guy Goffette, poète reconnu par ses pairs (il a obtenu le Goncourt de la poésie en 2010 pour l’ensemble de son œuvre) donne à ce témoignage une dimension particulière ; certes il a su trouver une face cachée d’une bonté rare chez son chef indien de père ; certes, le récit de la fin de ce chêne qui s’abat au soir d’une vie de labeur triste comme un jour de crachin dans une lande d’Ecosse est poignante, mais finalement on reste étranger à Géronimo, à son mal au dos et à son mal de vivre. Le lecteur partage plutôt le mauvais sang et l’angoisse du petit garçon que fut le narrateur. Finalement, un livre qui trouve sa vérité dans une touchante peinture de l’enfance volée.

Christian Di Scipio

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