Anne Dufourmantelle : éloge de la douceur
"Puissance de la douceur", essai d'Anne Dufourmantelle.
Editions Payot-Rivages, juin 2013, 145 pages.
Anne Dufourmantelle est née en 1964. Docteur en philosophie (Sorbonne), diplômée de Brown University, elle a enseigné à l’école d’architecture UP6- la Villette, et donne un séminaire à l’institut des Hautes Etudes en Psychanalyse, à l’E.N.S. Elle dirige une collection d’essais chez Stock intitulée « L’autre pensée » et exerce en tant que psychanalyste à Paris. Elle a publié plusieurs ouvrages, notamment : Eloge du risque, La femme et le sacrifice, La sauvagerie maternelle, En cas d’amour (psychopathologie de la vie amoureuse).
C’est un presque oxymore qui laisse perplexe et silencieux. On le répète en chuchotant, lentement, doucement, pour tenter d’en percevoir le sens. Ce titre, insolite, est comme un perce-neige dans un quotidien recouvert du manteau froid de la violence.
La douceur est une énigme. L’auteur s’emploie à la résoudre et la révéler dans cet essai composé de courts chapitres tous éclairés d’une douce lumière. Anne Dufourmantelle définit elle-même son livre comme une courte méditation. Elle dit aimer l’idée que le lecteur puisse flâner dans cet essai.
Il est impossible de survivre sans rencontrer la douceur. Elle est indispensable au développement et à la consolidation de tout être. Loin d’être la mièvrerie avec laquelle on la confond trop souvent, elle constitue une dynamique porteuse de vie. C’est en cela qu’elle est une puissance. « Le contraire de la douceur n’est pas la brutalité ou la violence même, c’est la contrefaçon de la douceur : ce qui la pervertit en la mimant. Toutes les formes de compromissions, de suavité frelatée, de bouillie sentimentale. »
L’auteur interroge les philosophes de l’Antiquité, la littérature, l’Histoire, la mythologie, le symbolisme. Ainsi nous apprenons qu’un des maîtres spirituels de Gandhi fut Tolstoï, avec qui il entretint une relation épistolaire suivie. Tolstoï écrivit : « Un chrétien (…) souffre lui-même sans résistance plutôt que d’attaquer ou faire usage de la violence. Par son attitude à l’égard du mal, il se libère et il aide le monde à se libérer de toute autorité extérieure. » L’on sait l’usage que Gandhi fit de cette leçon. La douceur est une puissance universelle et transmissible.
Toutes les sources de la douceur, toutes ses expressions, tous ses terreaux possibles sont mis au jour et explorés par l’auteur. La douceur ne peut ni ne doit être reniée ou étouffée. De son expérience de psychanalyste, Anne Dufourmantelle a compris que « ce que l’on appelle dépression est aujourd’hui l’un des modes majeurs de ce déni du besoin de douceur. »
Au-delà de ce travail de réflexion philosophique, l’auteur nous conduit sur les sentiers d’une inattendue poésie. Car « la douceur est un rapport émerveillé à la pensée ».
Lecture faite, la fleur d’hiver a percé sous le manteau neigeux, avec la conscience éclairée que « La douceur est invincible » (Marc Aurèle).
Sylvie Coral