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Publié par Bernard Revel

« L’Etoile » de Caroline Chemarin

Editions Les Presses Littéraires, 273 pages, 20 €.
Illustrations de Steve Golliot-Villers.

Elle fait partie des fidèles des Vendanges littéraires de Rivesaltes. Son sourire attire les regards. Assise derrière un petit stand où sont exposés ses livres, elle a l’air de s’intéresser à tout ce qui se passe autour d’elle. Je sais ce que c’est que d’attendre un éventuel lecteur qui serait attiré par un de vos titres. Souvent, les gens passent devant vous comme si vous étiez invisible. C’est dur à supporter, l’indifférence. Mais cela ne semble pas la gêner. J’ai l’impression qu’elle s’amuse. Elle se lève, tourne autour de ses livres, les range un peu, dit un mot à quelqu’un ou quelqu’une qui, d’un autre stand à côté du sien, attend. Attend quoi ? Qu’on daigne s’intéresser à ce qui lui a demandé tant de jours de travail, tant de nuits sans sommeil et qui porte tant d’espoir. Écrire pour être lu. Il est là, l’objet exposé à tous, prêt à être soupesé, ouvert, feuilleté, écorné, peu importe pourvu qu’il soit reconnu et devienne peut-être désir. Je sais les affres de l’écrivain devant qui vous passez sans le voir. Je le vis mal. Elle non. On dirait qu’elle s’en amuse. Je le lis sur son visage. Et d’autres ressentent la même chose puisque, comme attirés par ce plaisir d’être là qui émane d’elle, ils s’arrêtent, lui parlent et s’intéressent à ses drôles de petits livres.

J’envie ses élèves. Née en 1977 à Perpignan, Caroline Chemarin est prof de lettres classiques et d’histoire des arts en Andorre. Avant, elle enseignait en Martinique, une lointaine France qu’elle a aimée et qui lui a inspiré des « polycontes » pour enfants où se mêlent français et créole ou catalan, avec de plaisants personnages comme Ti-Jean, Cabosse, Mousse ou Grenouillette. En 2018, elle publie un ouvrage sur le thème de l’abolition qui, s’il fait référence à l’esclavage, se présente comme un acte de foi en l’humanité. Elle obtient en 2021 le prix Méditerranée Roussillon pour « Facéties et paysages contés en Pyrénées-Orientales », ouvrage qui révèle, sous les réalités géographique et historique du pays catalan, tout un monde imaginaire.
Ces mondes imaginaires qui semblent être la source de son inspiration ne pouvaient que la conduire vers un genre littéraire qu’a popularisé Tolkien et son « Seigneur des anneaux » : l’héroïc fantasy. Avec « L’Etoile », qui vient de paraître, Caroline Chemarin signe un premier roman ambitieux qui révèle une grande maîtrise d’écriture et un talent réel dans l’art de créer un univers en tout point différent du nôtre sauf, peut-être, dans la psychologie des personnages.
 

N’étant pas particulièrement féru de cette littérature-là et manquant donc de références pour m’aventurer dans une étude comparée, je dois avouer cependant avoir, dans mon innocence de béotien, été emporté, quoique parfois égaré, par ce récit où s’affrontent, pour reprendre le titre du célèbre recueil de Lovecraft, démons et merveilles.
La magie, les superpouvoirs, la folie d’une reine dont son peuple est l’esclave aveugle, forment la trame somme toute classique d’une lutte sans merci pour la survie de l’humanité. Du bon côté, il y a les Hommes. Mais pas si bons que ça puisque pour leur salut, ils avaient accepté, lors d’une précédente guerre, que les armées de Sargaïa, redoutables soldats qui se déplacent par la force de l’esprit, anéantissent le peuple des Parvulis, sortes de lutins protecteurs d’un savoir conservé dans des bibliothèques sculptées à l’intérieur des chênes de leur vaste forêt. Depuis la destruction totale de celle-ci, les survivants, cachés et oubliés, gardent précieusement en eux la mémoire des livres.
Mais les Hommes, bien sûr, ont fait un mauvais calcul car ils sont maintenant sous la menace directe d’une nouvelle guerre que veut déclencher la reine de Sargaïa. Et c’est une auberge, celle de Maître Fur, qui devient le point de rencontre des cinq « héros » appelés à sauver le monde. En premier lieu, Strelle. Son père horloger ayant découvert le secret du temps, elle est la seule à connaître une éternelle jeunesse. « Je savais désormais tisser le fil magique du temps pour qu’il n’ait aucune emprise sur moi », confia-t-elle à son vieil ami aubergiste en déployant une cape bleue qui contenait toute sa vie.
Mais la dangereuse invention est convoitée par la méchante reine qui envoie à sa recherche un homme prisonnier de ses sortilèges. Cet homme s’appelle Solin. Il devient le compagnon de Strelle. Pour l’aider ou pour la trahir ? Enfin, trois Parvulis, à la fois courageux et cocasses Tom, Ly et Toum, complètent l’équipe. Leurs liens formeront les cinq branches d’une étoile qui les conduira, après maintes péripéties, jusqu’au cœur du Mal alors que les soldats de Sargaïa commencent à envahir Dirth, le territoire des Hommes.
Comment cela finit-il ? N’oubliez pas que Caroline Chemarin est une excellente conteuse. Et que le propre du conte est de nous exposer aux pires périls pour nous laisser ensuite nous échouer dans le calme des jours heureux.

Bernard Revel

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