Les petits cailloux de Claudie Gallay
Née en 1961, Claudie Gallay vit en Isère. Institutrice à ses débuts, elle a publié une douzaine de romans aux Editions du Rouergue et chez Actes Sud parmi lesquels Seule Venise, Les Déferlantes, Une part de ciel, La beauté des jours et Avant l’été.
Elle sera sous le platane des Vendanges Littéraires le 30 septembre et le 1er octobre pour rencontrer ses lecteurs et recevoir le prix Jean Morer.
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Claudie Gallay poursuit son exploration des relations humaines en se replongeant dans son histoire familiale pour terminer une enquête entreprise il y a près de trente ans. Elle avait alors écrit son premier roman autour du personnage intriguant du père de son grand-père : un nommé Victor qui aurait, dans les années 30, laissé son bébé aux bons soins d’une famille de l’Isère. A moins que ce ne soit la mère de son grand-père qui l’ait abandonné. Avec de maigres indices glanés auprès d’un pépé quasi-mutique sur le sujet Claudie Gallay avait alors bâti une histoire restée au fond d’un tiroir.
Le confinement (tout relatif à la campagne) et la magie d’internet lui donnent l’occasion de relancer ses recherche. Et le fameux Victor va petit-à-petit émerger du passé. Tout comme la mère de ce grand-père dont il ne faut surtout pas parler, « ça lui fait de la peine » répète inlassablement sa mère à l'encore jeune Claudie.
Celle d’aujourd’hui en profite pour s’interroger sur la figure du « pater familias » a qui l’on pardonne tout.
Lorsque son fils le retrouve, il ne lui offre aucune explication sur l’abandon pas plus que l’autre n’en réclame. Par contre, la mère biologique n’a aucune excuse dans le cœur de son fils. « Je viens d’une famille où les hommes sont rois, j’ai beau m’en débattre, cette suprématie circule en moi (…) J’aime les hommes de pouvoir, une partie de moi se cabre mais l’autre s’y soumet », avoue Claudie Gallay dès la page 20. Une partie de l’explication de sa fascination pour ce Victor mystérieux. L’autre est plus personnelle. La jeune Claudie Gallay qui aime les livres et « ne sait rien faire de (ses) mains » se sent curieusement étrangère à sa lignée paysanne. Et comme son pépé lui a seulement lâché ironiquement que son père était « un artiste », tout s’explique. Elle a enfin un lien avec les siens ! Du sang d’artiste coule dans ses veines. Hourra. La jeune Claudie se sent légitimée pour écrire son premier roman. Et c’est bien de cela qu’il s’agit car son enquête 30 ans plus tard la mènera sur des pistes qui n’ont pas grand-chose à voir avec son écrit initial dont nous profitons d’extraits (réels ou recréés ?)
L’amateur de polar s’amusera à suivre pas à pas les petits cailloux semés sur les chemins de montagne et l’amateur d’autobiographie à démêler le vrai du faux dans ce récit à tiroirs. L’amateur de littérature sera aussi comblé par une écriture élégante et émouvante. En 180 pages, Claudie Gallay ressuscite avec bonheur son fascinant arrière-grand-père. Et lui trouve même un nom de scène pour le remettre dans la lumière et nous (lui) offrir un ultime récital.
Carole Vignaud