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Publié par Bernard Revel

Cathares. Encyclopédie d’une résistance occitane
Michel Roquebert. Patrice Teisseire-Dufour
Éditions Privat. 256 pages. 17x24 cm. Gravures de Marie-Amélie Giamarchi.

Les plus beaux villages des Pyrénées
Patrice Teisseire-Dufour. Photographies d’Arnaud Späni.
Éditions Sud Ouest. 128 pages. 21x29,7cm.

J’étais journaliste à la rédaction carcassonnaise de L’Indépendant dans les années 70, lorsque le monde de l’édition fut pris d’un véritable engouement pour ce qu’on appelait la Croisade contre les Albigeois, révélée au grand public en 1966 par le téléfilm de Stellio Lorenzi, Les Cathares. L’énorme succès de Montaillou village occitan d’Emmanuel Le Roy Ladurie avait lancé neuf ans plus tard, une véritable « catharomania ».
Aux vitrines des libraires, le nombre de livres consacrés à cette période de l’histoire occitane allant de 1140 à 1330, attestait qu’elle était devenue une inépuisable source d’inspiration. En 1977, par exemple, trônaient en bonne place, Les Fils de l’Orgueil, premier tome d’une trilogie romanesque de Michel Peyramaure, Histoire de la Croisade contre les Albigeois de Jean-Pierre Cartier, le deuxième tome de L’Épopée cathare de Michel Roquebert, La Religion des Cathares de Jean Duvernoy et plusieurs livres de l’écrivain carcassonnais René Nelli, intarissable sur le sujet, dont La Philosophie du Catharisme et Écrivains anticonformistes du Moyen Âge occitan.
Dans ce dernier livre, anthologie bilingue, Nelli nous révélait que les troubadours étaient bien plus que les amoureux transis d’une dame inaccessible. Non seulement ils ont fait œuvre de résistance contre les croisés du nord, mais, écrit-il, « ils n’ont pas dédaigné de plaisanter, même dans des circonstances où leur humour pouvait paraître impie. Bien que les goût aient changé, ils nous réjouissent et nous émerveillent encore. Sans doute parce que le rire vieillit moins que les théories et les sentiments ».
La langue des troubadours et des cathares, en un mot l’occitan, devint l’identité culturelle et politique d’une région engagée dans une longue lutte contre le pouvoir central sur les fronts de la viticulture et du Larzac.
Journaliste à La Dépêche du Midi, Michel Roquebert fut un des premiers à explorer corps et âme le phénomène cathare. Dès 1966, il publie le formidable livre Citadelles du vertige dont les photographies signées Christian Soula immortalisent en noir et blanc les ruines des châteaux forts qui, des Corbières au Minervois et jusqu’à Montségur en Ariège apparaissent comme « les seules traces tangibles du drame cathare ».
Au fil des ans jusqu’en 1998, paraitront les cinq tomes de L’Épopée cathare qui reste l’œuvre de sa vie.  Rien ne semble échapper au regard passionné de Michel Roquebert. Chaque détail a pour lui son importance et leur accumulation aide à bien comprendre les revirements de Raymond VI de Toulouse, les motivations de Pierre II d’Aragon, l’acharnement de Simon de Montfort et l’attitude du pape Innocent III. Le lecteur est emporté par le souffle d’un récit de plus de 3000 pages qui s’impose comme le grand monument du catharisme.
Roquebert n’en resta pas là. Fort d’une documentation accumulée pendant cinquante ans, il consacra les dernières années de sa vie à l’élaboration d’un dictionnaire du catharisme qui, s’il avait tenu compte du « fabuleux gisement d’informations » dont il disposait, aurait été riche de plus de 2500 entrées. Devant l’ampleur de la tâche, il dut se résoudre à limiter celles-ci à 250. Sa mort, survenue le 15 juin 2020 - il avait 91 ans - laissa l’œuvre inachevée. A l’historien qui voudrait bien la continuer, il destinait ce message : « J’ai la matière première et l’on peut très bien en extraire ce qui semblera le plus intéressant en s’attachant à (sa) mise en forme ».
 

Ce n’est pas un historien mais un journaliste comme lui qui prit le relais. Patrice Teisseire-Dufour (photo ci-dessus), ancien rédacteur à La Semaine du Roussillon et à L’Indépendant, signature bien connue de Pyrénées Magazine et Cathares Magazine, auteur de plusieurs ouvrages sur les Pyrénées et d’un recueil de poèmes inspiré des « chevaliers faidits occitans », avait les connaissances et le talent pour « reprendre le flambeau et prolonger » avec enthousiasme la pensée de celui qui fut son professeur. Un travail de « moine d’un autre âge », confesse-t-il lui-même en préface à son dictionnaire devenu réalité, sous le titre Cathares. Encyclopédie d’une résistance occitane, grâce à Privat, l’éditeur historique de ce pan d’un lointain passé longtemps laissé dans l’ombre.
Le dictionnaire de Roquebert aurait été certainement différent et sans doute plus dense. Les spécialistes relèveront peut-être des lacunes dans les choix de Patrice Teisseire, d’autres noterons l’absence d’écrivains marquants comme Zoé Oldenbourg et Yves Rouquette. Mais là n’est pas l’important. Ce « Cathares de A à Z », divisé en chapitres thématiques, est un livre pratique de notre temps qui permet au lecteur, avec ses définitions claires, jamais trop longues, d’avoir à sa portée une connaissance globale d’un sujet complexe. Libre à lui, ensuite, de se diriger vers des ouvrages plus approfondis comme ceux d’Anne Brenon, Jean Duvernoy, René Nelli et… Michel Roquebert. Ou de suivre ce grand randonneur qu’est Patrice Teisseire-Dufour sur les sentiers des « citadelles du vertige », titre de l’ouvrage par lequel tout a commencé avec en épigraphe ces mots d’André Breton : « Et dans la pierre qui monte, toujours une avec le rocher que je contemple, s’arc-boutent, transpercés de tous les rayons de la lune, les contreforts des vieux châteaux d’Aquitaine et d’ailleurs, en arrière-plan desquels celui de Montségur, qui brûle toujours ».

Sur les pas de Patrice, il est tentant aussi de se laisser guider à la découverte des « plus beaux villages des Pyrénées », titre de l’ouvrage qu’il a réalisé avec la complicité d’Arnaud Späni, photographe réputé de la nature. Du Pays basque à la Catalogne, d’Ainhoa à Santa Pau, ils en ont sélectionné vingt-huit. Par son architecture, son histoire, sa culture, ses spécialités, chacun dévoile ses richesses et invite à la visite. Bien sûr, les piments d’Espelette sont célèbres, mais savez-vous quelle est la capitale basque de la contrebande, avez-vous entendu parler d’Alquézar dont le nom évoque l’occupation des Maures, connaissez-vous cette cité aragonaise curieusement appelée Sos del Rey Católico ? Avec Lagrasse, Cucugnan, Castelnou, Collioure, Eus et Villefranche de Conflent, nous sommes en pays de connaissance. L’objectif d’Arnaud Späni les magnifie et nous donne envie de les revoir avec de nouveaux yeux sous l’éclairage à la fois détaillé et ouvert au pittoresque qu’en donne Patrice Teisseire-Dufour. Il nous raconte par exemple que Charles Brousse, directeur de l’Indépendant, acheta en 1945 le château de Castelnou avec sa compagne, l’espionne américaine Betty Pack qui changea, dit-on, le cours de l’Histoire.
Dans sa chanson sur les petits villages, Brassens constate avec malice qu’ils « n’ont qu’un seul point faible et c’est d’être habités ». A chacun d’apprécier ou non l’humour de notre « polisson de la chanson ». Mais une chose est sûre, leurs pierres et monuments en témoignent : ils ont un grand point fort et c’est d’être habités par l’Histoire. Ce beau livre en est la parfaite illustration.

Bernard Revel

 

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