André Robèr voyageur d’île en Ille
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Originaire de La Réunion, poète, plasticien, éditeur, créateur de revues, André Robèr, animateur du Taller 13 à Ille-sur-Têt, recevra les 5 et 6 octobre à Rivesaltes le prix Odette Coste des Vendanges littéraires.
La poésie visuelle, vous connaissez ? Si les calligrammes d’Apollinaire en 1918 marquent son apparition au vingtième siècle, c’est dans la deuxième moitié de celui-ci qu’elle attire de plus en plus d’adeptes conquis par la combinaison infinie des images avec les mots. Ille-sur-Têt accueillera en mars et avril 2025 la 7ème biennale internationale de poésie visuelle. Pourquoi cette petite ville des Pyrénées-Orientales célèbre pour ses orgues minérales et pour avoir inspiré Prosper Mérimée, a-t-elle été choisie ? C’est toute l’histoire d’un homme venu d’un île pour s’enraciner à Ille.
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André Robèr est né à La Réunion en 1955, fils de petits colons illettrés qui vivaient très difficilement du travail de la terre. L’école l’ennuie, il ne va pas au-delà d’une cinquième dite de transition. Il finit par obtenir un CAP d’électricien à 19 ans. Un an plus tard, il est envoyé en France avec de nombreux jeunes Réunionnais. « J’ai été poussé dehors », dit-il, par la politique migratoire de Michel Debré. « On nous avait promis le soleil ». Il se retrouve à Soissons dans une école d’EDF et, dix-huit mois plus tard, devient monteur électricien à Versailles. Ce métier « n’était pas fait pour moi », confie-t-il. En revanche, il sent que l’animation c’est son truc. Ça tombe bien, le Comité d’entreprise d’EDF dispose de centres de vacances qui recherchent du personnel.
André Robèr est enfin dans son élément : le contact avec les autres. Il milite très vite au PSU de Michel Rocard où il est chargé des territoires d’Outre-Mer. Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 1981, il accompagne Huguette Bouchardeau à La Réunion et découvre que, de quelque bord qu’il soit, « le pouvoir est maudit ». Il rejoint alors la Fédération anarchiste de Saint-Denis, et, poussé par « la volonté de rattraper (son) retard », s’inscrit à l’université de Paris VIII qu’il quittera avec un DEA Arts plastiques portant sur « Les graffitis dans l’art contemporain ».
L’art et l’anarchie : André Robèr a trouvé sa voie. Il développe ces deux thèmes en se lançant avec enthousiasme dans l’aventure de Radio Libertaire. Ses émissions lui donnant l’occasion de rencontrer des artistes, il décide de créer lui-même en utilisant des matériaux de récupération.
Nommé par EDF à Marseille, il reste en contact avec le milieu artistique, programmant notamment des concerts de jazz et de musique du monde, organisant aussi des expositions. Il crée les éditions K’A et commence à écrire lui-même des poèmes, mêlant créole et français. Il rencontre des poètes et chanteurs réunionnais et, face au déficit de diffusion de la langue créole, décide de publier leurs œuvres : 14 CD en 15 ans. « C’est la poésie et le chant qui ont permis au créole d’exister », constate-t-il.
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Sa femme et lui décident de quitter Marseille, trop grande ville à leur goût. En 2010, leur fils étant en vacances à Matemale, ils trouvent en pays catalan un lieu qui leur convient parfaitement : le numéro 13 rue Sainte Croix à Ille-sur-Têt. Ainsi va naître El taller Treize, galerie d’art, lieu de rencontre ouvert aussi à la poésie où nombreux sont les plasticiens et écrivains qui en deviennent les familiers : Julien Blaine, Charles Pennequin, Didier Manyach, Claude Massé, Francesca Caruana, Marie Jakobowicz et tant d’autres.
En quelques années, l’homme au chapeau noir est devenu un passeur essentiel de l’art d’aujourd’hui et Ille-sur-Têt un centre qui rayonne et attire des artistes d’un peu partout. En 2016, il crée la revue Nuire consacrée à la poésie visuelle et en 2018 les éditions Paraules. Il vient de lancer enfin la collection de livres d’art Capses dont le premier titre est consacré à Roger Cosme Estève présenté par Didier Goupil. Le second, sur Patrick Loste avec un superbe texte de l’écrivain palestinien Elias Sanbar, intitulé « La femme, l’arbre, le cavalier et l’eau bleue », a été présenté le 14 septembre au musée de Céret dans une édition limitée sous forme de coffret contenant quatre œuvres originales de l’artiste.
Parallèlement, André Robèr a toujours continué d’écrire, notamment une trilogie sur l’immigration : « Carnets de retour au pays » (2002), « Un ours sous les tropiques » (2008), « D’île en Ille » (2010). En 2015, il publie son premier recueil de poésie uniquement en français : « Tel un requin dans les mers chaudes ».
La poésie visuelle reste au cœur de son action. « Défendre des écritures contemporaines », y compris « avec des gens d’ici », tel est son credo. Lui-même pratique avec ardeur cet art de liberté qui permet toutes les audaces. Car la poésie, soutient-il, ce n’est pas seulement « les petites fleurs du Canigou ». C’est pourquoi il œuvre inlassablement pour « réunir des gens qui découvrent ici ce qu’est vraiment la poésie visuelle ». Autour de ce genre qui prend de plus en plus d’ampleur, André Robèr a constitué un réseau d’amitié international sans équivalent dans le monde de l’art contemporain et dont Ille-sur-Têt sera la « capitale » lors de la biennale internationale du printemps prochain.
Auparavant, on pourra en avoir un aperçu avec l’exposition qui se tiendra aux Vendanges littéraires de Rivesaltes des 5 et 6 octobre, en présence d’André Robèr, lauréat du prix Odette Coste.
Bernard Revel
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Photo ci-dessus : André Robèr présente le coffret consacré à Patrick Loste.
Les oeuvres qui illustrent cet article sont d'André Robèr (autoportrait) et, ci-dessous, de Charles Pennequin (poème visuel dédié à André Robèr).
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