Se laisser berner par Philippe Djian
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Sans compter (Flammarion. 238 pages)
Loin de 37°2 le matin. Aujourd’hui, il fait froid et Nathan, le narrateur, glace l’âme du lecteur tout doucement. Délicatement même.
Au début Nathan se présente comme un homme au mitan de sa vie. Journaliste intermittent, il subit sans se plaindre une période de chômage. Son épouse Sylvia travaille et sa merveilleuse belle-mère Gaby vit avec eux depuis son récent veuvage. Il en est ravi car il adore sa belle-mère, poétesse locale dont il ne rate aucune lecture publique. Nathan fait lit à part avec son épouse qu’il gratifie d’un « cunnilingus pour son anniversaire » suite à un souci érectile. Nathan nous explique tout cela sans aucun affect. L’air de rien. Il semble surtout passionné par la réapparition d’une femme perdue dans les bois. Son ancien rédacteur en chef le contacte pour qu’il enquête. Pourquoi pas ? D’autant que la femme perdue est aussi la femme à tout faire du député local qui lorgne sur les terres de sa belle-mère pour mener à bien un projet immobilier.
Philippe Djian veut nous faire croire qu’il se laisse guider par un personnage falot qui lui-même fait tout pour rendre service. Un gentil, trop gentil.
Des phrases courtes, de nombreux dialogues, aucune introspection… Nathan se présente comme un livre ouvert. Mais Djian glisse çà et là quelques incongruités qui finissent par titiller le lecteur. Qu’est-ce donc que cet étrange oiseau de feu qui apparaît et disparaît dans le jardin ? Sans compter... les accidents plus ou moins mortels qui frappent bon nombre de connaissances du trio Nathan, Sylvia et Gaby.
Avec une bonne dose d’humour, le dernier opus de Djian se lit avec un plaisir coupable : celui de faire semblant de se laisser berner.
Carole Vignaud
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Né en 1949 à Paris, Philippe Djian est l’auteur de plus d’une vingtaine de romans parmi lesquels 37,2 le matin, la série Doggy Bag, Impardonnables (prix Jean Freustié), Oh (prix Interallié), Chéri-Chéri, Marlène... Plusieurs d’entre eux ont été adaptés au cinéma, tel 37,2 le matin par Jean-Jacques Beneix (avec Béatrice Dalle et Jean-Hugues Anglade, 1986), mais aussi Impardonnables, par André Téchiné (avec Carole Bouquet et André Dussolier, 2011), Incidences par les frères Larrieu, sous le titre L’Amour est un crime parfait (avec Karine Viard et Mathieu Amalric, 2013) et Oh, par Paul Verhoven sous le titre Elle, avec Isabelle Huppert (2016). Il est également le parolier de Stephan Eicher.
Portrait de Philippe Djian : Photo Witi de Tera / Opale / Leemage / Flammarion